Oui au Centre

Publié le par Solidarités et Libertés

Mesdemoiselles, Mesdames et Messieurs,

Voici un article paru ce jour dans le Journal Ouest-France (O-F du 12/01/2006-Point de vue) écrit par Marc d'Héré et Gabriel Cohn-Bendit représentants de Générations Europe (voir lien à gauche).

Ce texte vaut son pesant d'or et permettez-moi de dire que cela pourrait être l'occasion de voir aboutir un projet ambitieux et nécessaire pour la France. Pourquoi pas un nouveau Parti de Centre-gauche ?!!

Oui au centre

 

 

 

 

 

 

 Aujourd’hui la France a besoin d’un centre. Nous vivons à chaque élection nationale une alternance de la gauche à la droite, puis de la droite à la gauche. Et à chaque fois, le balancier repart fortement dans un sens contraire, les lois précédemment votées et commençant à faire leur effet sont abrogées ou vidées de toute signification. Chaque camp, sachant qu’il a toute chance de rester peu de temps au pouvoir se hâte de démolir ce qu’a fait le prédécesseur, d’imposer les quelques mesures souvent symboliques propres à satisfaire sa clientèle, mais se garde de mettre en œuvre les réformes de fonds qui sont difficiles, provoquent l’inquiétude ou le mécontentement et ne feront effet que longtemps après leur départ du pouvoir.  Un centre capable de gouverner lui-même, en s’alliant si nécessaire et  selon les moments ou les sujets  avec  l’un  ou l’autre camp,  permettrait  d’éviter les violents mouvements de balanciers comme  les retours en arrière  et de réaliser les changements structurels nécessaires en inscrivant  l’action politique  dans le  plus long terme.

 

 

 Mais il   n’a jamais été possible sous la cinquième République, de faire politiquement  exister le centre. Ceux que l’on appelle « centristes »  et que l’UDF représente assez bien depuis près de trente ans se situent en réalité, par leurs traditions, leur manière d’agir et l’électorat qu’ils influencent  au centre droit. Le centre gauche, pour sa part, n’a jamais pu s’affirmer, les radicaux de gauche, qui auraient pu le représenter étaient trop faibles idéologiquement et électoralement et surtout  ne se sont jamais comportés comme tels, s’étant toujours considérés comme partie prenante de la gauche.  Or, un centre véritable  ne naîtra- mettant  ainsi un terme à  la  bipolarisation rigide de la vie politique française - que s’il peut  marcher sur ses deux pieds,  regrouper ou  fédérer les centristes des deux bords, permettre  à ces deux sensibilités d’échapper à  leurs camps respectifs.

 

 

 

Ce temps est   peut-être venu  aujourd’hui et  on peut penser que  la naissance de ce  troisième pôle que constituerait  un centre équilibré et attractif est possible. Les conditions qui le permettraient  semblent pouvoir être  réunies.

 

 

La chute du mur de Berlin et la fin du communisme, la reconnaissance largement répandue – quoiqu’en dise l’extrême gauche - qu’il n’y a pas d’alternative crédible au marché et au capitalisme, mais aussi  la « socialisation » du libéralisme qui s’est éloigné de l’ « ultra libéralisme » thatchérien, ont rapproché les positions. Le centre gauche et  le centre droit  ne sont plus, sur un plan théorique, séparés comme ils pouvaient l’être il y a 10 ou 15 ans.  Par ailleurs, et ce n’est contradictoire qu’en apparence, la gauche et la droite institutionnelles actuelles ont tendance à se radicaliser, à ignorer l’une l’efficacité économique l’autre l’exigence sociale,  à se déporter vers leurs extrêmes et à préconiser l’une et l’autre des solutions excessives qui agissent comme des repoussoirs sur les modérés ou les réalistes des deux camps.  Les pôles dominants perdent ainsi  leur capacité d’attraction et de rassemblement ce qui rend  les marges plus libres de leurs mouvements.  Cela est évident à droite et l’UDF montre tous les jours son éloignement vis-à-vis de l’UMP.  Cela commence à apparaître à gauche où  la sensibilité de centre gauche, se reconnaît peu  de choses en commun  avec des partis de gauche  qui hésitent à soutenir l’ambition européenne, se méfient du marché et des entreprises, négligent l’exigence écologique, choisissent l’assistance contre la responsabilité, le conservatisme contre la réforme. Le centre gauche a le plus grand mal à se considérer encore comme un élément de cette « union de la gauche », ou de cette « gauche plurielle » refermée sur elle-même et ses dogmes,  qui n’a su s’adapter ni  à l’évolution du monde ni  aux nouvelles attentes sociales.

 

 

 

            Si  la polarité des extrêmes est moins forte, encore faut-il que l’attractivité du centre existe.  Cela devient le cas, dans la mesure où  aujourd’hui le centre gauche et le centre droit  ne sont  plus une gauche affadie ou une droite timorée. Ce n’est pas la gauche ou la droite en plus mou, en  plus flou, mais une pensée affirmée, avec des lignes de force que sont :  l’ouverture sur le monde, le choix du développement durable,  la défense passionnée de la construction européenne, la mise en œuvre de l’autonomie et de la responsabilité individuelle, la solidarité et l’équité comme condition d’une réelle égalité des chances, la réforme d’un Etat qui doit être allégé et rendu  plus efficace, la rénovation de services publics qui ne peuvent refuser une concurrence régulée, la régionalisation, la démocratie participative et l’extension des pouvoirs de la société civile, la lutte contre les privilèges et les statuts qui limitent toute possibilité de dynamisme et de mobilité de la société ….

 

 

 

Idéologiquement un centre réformateur et qui refuse la « pensée borgne » existe, doté de deux sensibilités compatibles qui ont trouvé  lors de la récente campagne référendaire, des occasions de rapprochement et de coopération….Reste à  créer la condition qui pourrait  lui  donner une existence politique.  Cette dernière  condition, comme on l’indiquait plus haut, c’est la création puis le renforcement d’un centre gauche, social, libéral et écologique, clair sur ses valeurs, appuyé sur les acteurs sociaux,  décidé à échapper à l’orbite de l’union factice d’une gauche archaïque et sans projet, pour rechercher les moyens d’une coopération avec le centre droit.   Un centre gauche qui soit  assez fort pour oser s’émanciper de la tutelle du parti socialiste (qui ne peut assumer publiquement son social libéralisme)  et ne pas craindre, en s’alliant au centre droit, de se faire phagocyter par lui. Assez fort aussi  pour donner confiance à ce même  centre droit, et lui donner le courage de couper les ponts avec l’UMP, parce qu’il saura  pouvoir retrouver sur sa gauche ce qu’il perdra sur sa droite  en terme de soutien électoral.

 

    

 

Voilà la feuille de route…S’y conformer sera bien difficile, et donner  vie à ce nouveau centre, fort du regroupement de son aile gauche et de son aile droite   sera certainement une tâche de longue haleine… C’est pourquoi nous devons nous y mettre sans attendre.

 

 

Gabriel COHN-BENDIT et Marc d’HERE

 

Animateurs du réseau « GENERATIONS EUROPE »

 

(http:// Generationseurope.over-blog.com)

 

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